La Fédération de Seine-Maritime du Front National a été ce dimanche le théâtre de bien curieux événements dont nous pouvons témoigner. Les faits sont relatés diversement par les divers acteurs. Le cadre est donné par un communiqué de la Fédération, paru puis ôté de son site, mais que l’on peut encore trouver ailleurs sur inernet (par exemple ici) :
M. Roland Lombart, Secrétaire Départemental de la Fédération 76 du FN,
Désigné comme “meneur” par M. Aliot et démis de ses fonctions depuis.
“A la demande de M. BAY, désigné tête de liste Front National en Haute-Normandie, une réunion a été tenue le 24 Octobre 2009 présidé par Roland Lombart, secrétaire départemental. A la surprise de M. BAY, la fédération de Seine-Maritime lui a annoncé à l’unanimité sauf une voix qu’elle ne voulait pas de lui comme tête de liste pour les régionales de Mars prochain. La Seine-Maritime ne peut être menée que par un seino-marin et la venue d’un parachuté ne peut mener qu’à la défaite. Au lieu des fonds venus chercher par M. BAY pour sa campagne, deux seaux de fumier lui ont été remis.“

Nicolas Bay, le candidat “parachuté”, désigné par la commission nationale d’investiture du FN.
Addendum : Nicolas Bay dément ces informations provenant, selon lui, d’une minorité non représentative (7 personnes sur 25).
Hélas pour lui, force est de le constater, le “communiqué censuré” de la Fédération est parfaitement sincère et le démenti de M. Bay n’exprime, selon nous, que le point de vue de minorité très réduite dont il “provient” — réduite à une seule personne : lui-même.

Louis Aliot, le “nettoyeur”…
À 22h20, Louis Aliot précise :
“Samedi 24 octobre 2009, une réunion du “bureau élargi” de la fédération FN de Seine-Maritime s’est tenue à Saint Wandrille-Rançon en présence de Dominique Martin, membre du bureau politique du FN, secrétaire national à l’animation des fédérations et émissaire à ce titre du Secrétariat général du Front national, et de Nicolas Bay, tête de liste du FN pour les élections régionales de mars 2010 en Haute-Normandie. Au cours de cette réunion interne, une poignée d’individus ont manifesté avec hargne leur opposition à la désignation de Nicolas Bay comme tête de liste régionale et, d’une façon générale, leur hostilité à toutes les décisions prises par la direction du FN. Cette demi-douzaine de personnes (et non la “quasi unanimité” comme le prétend leur meneur, qui a immédiatement été suspendu du FN) ne sont pas représentatives des adhérents de la Seine-Maritime ; beaucoup de ceux-ci ont en effet manifesté leur volonté de travailler loyalement avec la tête de liste régionale investie. Ces perturbateurs se sont ainsi placés d’eux même en rupture avec le mouvement et doivent attendre les suites de leur comportement. Le FN déplore ces débordements qui disqualifient leurs auteurs et contribuent à affaiblir son combat. Le FN va, dès demain, remettre de l’ordre dans cette fédération pour préparer au mieux la campagne électorale régionale.“
Hélas pour M. Aliot comme pour M. Bay, c’est le premier compte-rendu qui est sincère — nous y étions. Sur quarante présents à cette réunion de Bureau élargi, Bay n’a recueilli qu’une voix favorable et trente-neuf contre. La voix favorable, du reste, exprimait peut-être plus de charité et d’embarras à l’égard de la manière dont Bay a été lynché verbalement pendant deux à trois heures (nous avons perdu la notion du temps, au bout d’un moment…) qu’un véritable soutien enthousiaste. Le terme de “hargne” est en effet le seul mot juste du communiqué de M. Aliot ; mais loin qu’il s’agisse d’une simple fronde minoritaire, il nous semble que ce déchaînement de colère et d’indignation exprimait véritablement le sentiment de la Fédération à travers ses militants les plus actifs.
Pièce que l’honnêteté intellectuelle nous oblige à rajouter au dossier pour compléter le portrait que nous dressons de la situation, ce communiqué du FNJ 76 :
“Le FNJ de Seine-Maritime soutient les décisions de la commission d’investitures !
Le Front National de la Jeunesse de Seine-Maritime regrette les incident survenus lors de la réunion de bureau du samedi 24 octobre, qui avait lieu à l’occasion d’une réunion pour la campagne des régionales de Haute-Normandie. Le FNJ ne se reconnait pas dans ces actes commis par certains agitateurs.
Le FNJ de Seine-Maritime soutiendra et combattra avec la tête de liste de la Haute-Normandie pour la défense de la nation, à l’heure où les citoyens ne se retrouvent plus dans les partis politiques du système, au moment où chaque français a besoin du Front National. Notre seule préoccupation est de faire gagner nos idées. C’est pourquoi le FNJ continue son combat derrière Jean-Marie Le Pen, et participera a cette campagne avec Nicolas Bay. Pour l’intérêt du mouvement et de la France, retroussont tous nos manches et allons vers cette nouvelle bataille électorale.
Honneur et fidélité au Front National et à notre président Jean-Marie Le Pen que nous suivrons jusqu’au bout.“
Dans l’état actuel des choses et au train où la situation évolue, “suivre juqu’au bout” ne les mènera pas bien loin. Du coup, cet engagement solennel, au fond, ne mange pas de pain.
Ainsi, le résultat net de ce “parachutage” sera-t-il de désosser, voire d’anéantir la Fédération — l’une des rares au Front qui tenait encore, comme section militante aux adhérents comparativement nombreux et actifs —, ce qui mettra du reste M. Bay en position fort inconfortable pour mener sa campagne, voire même seulement pour constituer sa liste. Qu’importe au FN qui, M. Martin ne l’a pas caché, a l’intention de remplir cette liste de permanents du siège national du Front… pour faire porter par le financement public des partis politiques une part au moins de la charge de leurs salaires, au titre du remboursement des frais de campagne.
Au fait, le “meneur” désigné avec mépris par M. Aliot est… le secrétaire départemental de la fédération 76 du Front National, M. Lombart, 74 ans, 30 ans de militantisme dévoué au Front National…
Nous lui témoignons notre amical soutien dans l’épreuve pénible qu’il doit traverser pour avoir voulu faire entendre à la direction parisienne la voix de ses militants. Et surtout, nous exprimons notre profonde consternation à l’égard d’un choix politique qui a peut-être ses raisons par ailleurs, mais qui contribue à détruire la base militante d’un parti déjà notablement affaibli et qui, malgré ses faiblesses et l’étrangeté de la manière dont il est dirigé, continue, encore à ce jour (mais pour combien de temps, à ce rythme?) d’incarner politiquement le sentiment national d’un grand nombre de Français.
Même si nous ne pouvons que juger infiniment déraisonnable l’investiture de M. Bay à la candidature pour les prochaines élections dans les formes incroyablement désinvoltes, pour dire le moins, dans lesquelles la chose a été faite, nous encourageons de tout cœur les militants du FN de Seine-Maritime à ne pas manifester leur écœurement par une démission du Front : le pire n’est pas toujours certain et il y a un grand enjeu politique à tenter jusqu’au bout de sauver ce parti en dépit des mauvais choix répétés de son actuelle direction. La moindre réflexion sur le “cas Nicolas Bay” donne en effet à penser que la principale motivation de son investiture ne peut pas avoir été un calcul rationnel relatif à ses chances de succès à la prochaine élection — et l’on se demande, dès lors, si le but principal n’en a pas été, précisément, de disloquer la Fédération 76. Quitter le Front dans ces circonstances, ce serait donner satisfaction à ceux qui ont conçu cette manœuvre bizarre.
Quant à M. Bay, nous aimerions savoir comment il entend mener sa campagne désormais, au-delà des dénégations, qui ne trompent personne, sur le caractère prétendument ultra-minoritaire de la fronde qui lui a été opposée. Et nous serions curieux de savoir comment lui-même comprend le sens politique de la situation qui lui a été faite par la direction parisienne qui l’a parachuté en Haute-Normandie. On n’aimerait pas être à sa place. Peut-être ce (jeune) ancien secrétaire général du MNR trouvera-t-il la ressource nécessaire pour mener de front la reconstruction de la fédération et sa campagne ?
“C’est au pied du mur qu’on juge le maçon…”